Jeudi 25 septembre, le Conseil Régional d'Ile-de-France a adopté, après 4 ans d'études, de débats et de concertation, le projet de SDRIF (Schéma Directeur de l'Ile-de-France). L'opposition UMP et "nouveau centre" a tenté un combat d'arrière-garde, menaçant implicitement la majorité ( Gauche et Verts, soutenus dans ce débat par le MODEM) de l'obstruction gouvernementale.
Vous trouverez ci-après le texte de mon intervention, en tant que président du nouveau groupe RAGEP (Radicaux de Gauche et Elus de Progrès). A noter que notre temps de parole n'est que de 3 mn 25, même si les explications de vote permettent de s'exprimer plus longtemps ! Ceci pour expliquer le côté très synthétique du texte sur un sujet aussi vaste. Nous reviendrons dans des articles ultérieurs sur le SDRIF, sa finalité, sa procédure, son importance et l'attitude pour le moins étrange de la majorité présidentielle à son égard.
Monsieur le Président, Madame la Vice-Présidente, Chers Collègues,
Notre vision des choses sur ce SDRIF comprend trois volets. Le premier est d'ordre urbanistique, le second concerne la notion de planification, le troisième est de nature tactique.
Volet urbanistique, tout d'abord. Sur ce plan, la dernière version du SDRIF nous semble presque parfaite car elle a été nourrie d'un véritable dialogue. Les couples urbanistiques ont été globalement respectés : entre espace agricole et espace urbain ; entre Environnement et développement ; entre activités et Transports ; entre qualité de vie et logement. Les quelques points de débat avec les services de l'Etat portaient sur des points d'urbanisme méritant vraiment réflexion.
J'en retiendrai deux, pour essayer d'apporter un complément d'éclairage.
L'un concerne la difficile problématique des transports aériens –environnement et/ou développement du trafic mais aussi des nuisances. Il nous semble ici qu'une des tâches prioritaires et urgentes de notre industrie aéronautique, historiquement si performante, devrait être de travailler, pourquoi pas avec le soutien actif de la Région, sur des moteurs aussi silencieux et écologiques que possible et, pourquoi pas, de viser à fonder de nouvelles normes internationales, bien plus basses, de bruit, de consommation et de pollution aériens.
Par ailleurs, en intégrant dans la réflexion une redistribution dans l'espace aéroportuaire général des vols militaires et privés ou semi-privés, on pourrait sans doute alléger la charge des grands aéroports.
Un autre point de débat concerne la problématique du logement. L'Etat mais aussi notre CESR*, restent dubitatifs sur les objectifs fixés par le SDRIF. Nous aussi.
Pourquoi ? Parce que la conception française en matière de logement reste prisonnière de certaines oeillères, par exemple une vision excessivement financière et la croyance irraisonnée que la seule production résoudra les problèmes du logement aidé. Mais l'ambition des objectifs est aussi un moyen de mobiliser davantage et de combattre les derniers feux de l'égoïsme. Il faut donc les admettre.
Alors, ces objectifs doivent être servis par une double exigence D'une part, insuffler une nouvelle énergie à un urbanisme novateur, social, servi par des moyens suffisants donnés aux agences foncières de la Région. D'autre part, obliger les communes qui voudraient aujourd'hui compenser par l'argent du contribuable les efforts qu'elles ont sciemment refusé de faire pendant des années.
Et nous soutenons fortement l'idée d'une gestion francilienne du logement –et pas seulement du logement aidé car des critères applicables à tout le territoire national rendraient toute initiative inopérante comme d'ailleurs l'échec durable des ministres successifs le prouve.
Le SDRIF donne aussi un magistral exemple, en ce qu'il répond à une nécessité criante, celle de réinscrire l'action politique, au sens noble du terme, dans le temps.
En redonnant à l'idée de planification souple, concertée, sociale, mais décidée et surtout suivie, ses lettres de noblesse, la Région Ile-de-France montre donc la route à une France qui l'a oubliée.
Souple, en laissant chaque porteur d'urbanisme – commune ou EPCI- gérer par le relais des SCOT** ou PLU** la mission commune de développement ; concertée car nourrie de documents à la bonne échelle ; sociale, car prenant en compte la nécessité d'alléger la misère et les difficultés.
En tous cas notre majorité est décidée, en ce qu'elle annonce clairement que le temps est maintenant venu pour l'action. Les feux sont d'ailleurs au vert, puisque les principales entités associées rejoignent la Région sur ce constat. Et elle a su convenir de la mise en place avec l'Etat, qui n'est pas notre ennemi mais un indispensable agent des volontés de la Nation, d'outils de suivi appropriés.
Et que voit-on se produire alors, Chers Collègues, alors que tant sur le fond que sur la forme un consensus existe ? Le gouvernement, inquiet sans doute de voir ce consensus porter ses fruits sans pouvoir le contrôler ni l'exploiter politiquement, ressuscite sous forme de secrétariat d'Etat une entité censée reprendre en Région Parisienne des responsabilités de maîtrise d'ouvrage qui sont pourtant devenues, très clairement depuis la loi de 1995, l'apanage régional.
Cette entreprise est incohérente, vaine et même, pourrait-t-on dire, scélérate.
En effet, en participant, fût-ce de façon purement critique, à la démarche du SDRIF, ses opposants ont implicitement reconnu la validité de son principe. Comment peuvent-ils dès lors en recommander l'abandon, sous prétexte de moratoire, après 4 ans de travaux, pour en revenir à une conception à la fois exorbitante du droit commun, autoritaire dans son principe et en opposition totale avec les principes mêmes de la Décentralisation ? C'est incohérent, tout comme le serait une attitude dilatoire pour la transmission du document au Conseil d'Etat. [Que la Droite craigne la chambrière présidentielle, c'est son problème. Pas nous en tous cas.]
Elle est vaine, car la volonté de la Région est assurée. Quelle légitimité aurait le pouvoir actuel, vieux routier il est vrai des tours de passe-passe politiques, pour vider de sa profonde validité, une procédure scrupuleusement légale, clôturée par un avis unanimement favorable de la commission d'enquête ? Que le gouvernement se préoccupe de bien conduire la France plutôt que de dicter des objectifs à la Région.
Elle est surtout scélérate car il s'agit clairement, en fait, d'une tentative visant à susciter une division entre les ambitions de la capitale et celles de la Région. Or ces ambitions ne sont pas, tout au moins sur le plan de l'urbanisme qui devrait être le seul à nous impliquer, contradictoires. Elles sont complémentaires : la Région n'est rien sans Paris ni Paris, sans la Région.
En effet, tandis que la Région s'affirme en partenariat avec l'Etat et les autres collectivités, elle aide Paris à accomplir sa mue séculaire, poussant ses murs vers l'extérieur pour redevenir, sous le signe de la Seine, une capitale du monde non seulement belle mais dynamique et attractive. Marguerite ou étoile***, ce sont là deux visions d'une même réalité qu'il nous appartient, maintenant, d'ancrer dans l'Histoire.
Laissons donc cette double et ultime tentative de division et d'obstruction, bien peu responsable en vérité, faire en quelque sorte chou blanc.
En résumé, Chers Collègues, notre groupe adhère sans réserve à la démarche du SDRIF, dont la réalisation ne fait que commencer. Il la soutient de son vote et espère la voir s'élargir et se poursuivre au-delà même de notre majorité car elle est dans l'intérêt général. C'est la seule chose qui compte.
* Conseil Economique et Social de la Région
** Schéma de COhérence Territoriale, Plan Local d'Urbanisme
***Il s'agit du logo de la Région Ile-de-France N.d.l.R.