Poser une question
Accueil En Ile-de-France Aménagement - Territoires Grand Paris : ''La métropole parisienne n’est pas un champ de bataille''

Grand Paris : ''La métropole parisienne n’est pas un champ de bataille''

En Ile-de-France / Aménagement - Territoires
Cyril Mourin - Lundi 14 Décembre 2009 - 01:00

jean_bernard_brosIl est saisissant de constater de quelle façon la Présidence de la République et le Gouvernement traitent actuellement les Parisiens et les Franciliens, ainsi que leurs représentants, préparant sous couvert de modernisation la mise sous tutelle étatique de la capitale et de la région Ile-de-France. Nous voici sur le chemin d’un retour au système préfectoral qui régissait le feu département de la Seine. Et donc au temps où les Parisiens, peuple jugé dangereux par le pouvoir en place, n’avaient pas le droit d’élire leur propre maire ou des représentants pouvant légitimement porter leur parole.

Voici un an et demi, les meilleurs architectes furent convoqués par le Président de la République pour faire partager leurs projections de ce que pourrait être un « Grand Paris Â». Après quelques effets de manches présidentiels, les paris futuristes des architectes furent rapidement oubliés. Au même moment, adoptant une logique pragmatique des petits pas, chère aux membres fondateurs de l’Europe, le syndicat mixte Paris Métropole prenait son envol, faisant le pari démocratique et exigeant d’une gouvernance « compromissocratique. Â»

Vint ensuite le temps du technocrate. Christian Blanc, nommé secrétaire d’Etat à la région capitale, travaille alors dans l’intimité de l’Elysée à l’élaboration d’un Grand Paris déconnecté des projets architecturaux. Puis vint le tour du Parlementaire, emmené par le Sénateur de Seine-Saint-Denis Philippe Dallier, auteur d’un rapport tout aussi déconnecté des travaux entrepris par ailleurs, où les grands absents demeurent invariablement les populations concernées et leurs représentants. Pendant ce temps, loin des effets d’annonce, Paris Métropole grandit, voyant adhérer les collectivités de droite et de gauche les unes à la suite des autres, selon une démarche participative, pragmatique et respectueuse de l’histoire de chacune des identités qui la composent.

Puis revient le temps de la politique spectacle : après avoir fait mine durant quelques mois de participer à la construction de Paris Métropole, Patrick Devedjian, Président du Conseil Général des Hauts-de-Seine – ne sachant plus qu’invoquer pour ralentir ou empêcher la réussite de l’entreprise depuis l’intérieur - claque la porte du syndicat et s’en va créer un syndicat concurrent à l’influence délétère : « Ile-de-France Métropole. Â»

Triste spectacle. Que penseront les Parisiens et les Franciliens du sort qui leur est ainsi réservé ? Que vont-ils penser de cette bataille d’institutionnels convoquant à coups de milliards d’euros chimériques des constructions pharaoniques et des super métros théoriques ? Que diront-ils quand ils s’apercevront qu’on les a bernés en voulant au mieux frapper leurs imaginaires d’électeurs ?

Car c’est la question fondamentale et si chère aux radicaux de gauche de la place de l’homme au centre des projets de gouvernance qui s’en trouve largement posée. Ces attitudes sont en effet très choquantes pour les humanistes et les démocrates que nous sommes et représentons. « Le vrai, le grand, le beau Â» disait le Président de la République… L’électeur est sollicité à n’en pas douter. Mais l’homme ? Où est l’homme ?

Seul l’électeur est considéré, car à quelques mois des élections régionales de mars 2010, il est fondamental pour la droite de le faire rêver à bon compte. Le Grand Paris n’a de destinée, j’en ai bien peur, que celle d’un tract électoral glacial. Il se résume dans son acte I à un super métro voté mécaniquement par des parlementaires non concernés, pour de premiers coups de pioche annoncés pour 2013. Je souhaite donc vous donner rendez-vous après les élections régionales de mars 2010, nous verrons bien alors si les projets de Grands Paris existent toujours, et ce qu’ils deviendront une fois cette échéance passée.

Je voudrais pour conclure simplement rappeler en citant Sénèque que « celui qui ignore vers quel port il vogue ne trouve jamais de vent favorable Â». Je prends également le pari que d’ici là, Paris Métropole aura à nouveau grandi, à son rythme, celui de la concrétisation volontariste des solidarités territoriales. Car là où il y a une volonté, il y a un chemin.

 
Plus d'info