|
L'Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Île-de-France publie une étude sur l’insécurité dans les villes. Un travail qui permet à la Région d’éclairer ses choix et de rappeler ses exigences.
Consacré à l’insécurité dans les villes, le numéro 155 des Cahiers de l’Institut d’aménagement et d’urbanisme (IAU) d’Île-de-France a été présenté le jeudi 9 septembre, au conseil régional. Donnant la parole à des acteurs, des chercheurs et des experts, il passe en revue l’évolution de la délinquance, mais aussi les réponses apportées : vidéosurveillance, polices municipales, médiateurs de quartiers, prévention spécialisée, justice de proximité, « Grand Paris de la sécurité », prise en compte de la sécurité dans l’urbanisme...
Disparités territoriales
Ce Cahier permet aussi de prendre connaissance des tendances 2009 de l’enquête de victimation réalisée tous les deux ans auprès de 10.000 Franciliens.
Rappelant que, d’après cette étude, les Franciliens se déclarent plus préoccupés de la montée du chômage et de la pauvreté que de l’insécurité, l 'IAU souligne toutefois que les disparités se creusent entre les départements, avec un taux de victimation atteignant 53,7% en Seine-Saint-Denis en 2009, soit 5,3 points de plus que la moyenne régionale. Les Dionysiens se sentent particulièrement exposés aux vols de voitures, aux vols à la roulotte et aux dégradations de véhicules.
C’est la première fois que l’IAU teste auprès de la population francilienne la vidéosurveillance dans les espaces publics et les Transports, une réponse qu’approuvent 60,6% des personnes interrogées dans le cadre de cette étude (dans des sondages réalisés sur cette question en novembre 2007 et mars 2008 par le Ministère de l’Intérieur, ce taux dépassait les 70%). Pour Tanguy Le Goff, sociologue à l’IAU, « la vidéosurveillance a acquis une légitimité politique et sociale », mais il rappelle que son « efficacité dissuasive est variable selon les lieux » et que son « efficacité en tant qu’instrument d’élucidation mérite d’être fortement nuancée ». Et de souligner que les rares études internationales réalisées sur la base d’entretiens auprès de délinquants montrent que l’installation de caméras est rarement considérée comme un élément entravant leur passage à l’acte et qu’elle les incite plutôt à adopter des stratégies de dissimilation.
Sécurité coproduite
La publication de ce numéro des Cahiers et sa présentation par François Dugeny, le directeur général de l’IAU Île-de-France, ont fourni à l’exécutif régional l’occasion de rappeler que la Région Île-de-France se situait dans une logique de coproduction de la sécurité. C’est ainsi qu’elle intervient directement dans ce domaine en renforçant les dispositifs de sécurité dans les lycées, les centres de formation des apprentis, les bases de loisirs et de plein air et, en lien avec le Stif, dans les transports. Depuis 1998, elle a aussi fait le choix de soutenir l’implantation locale des forces de sécurité en participant financièrement à la rénovation, l’aménagement et la construction des commissariats, au travers de conventions signées avec le ministère de l’Intérieur et celui de la Défense. En 2009, la Région a ainsi investi plus de 6 millions d’euros dans le commissariat de Clichy / Montfermeil.
Pour Jean-Paul Huchon, président du Conseil Régional, Abdelhak Kachouri, vice-président en charge de la citoyenneté, de la politique de la ville et de la sécurité, et Julien Dray, qui avait en charge cette responsabilité jusqu’en mars 2010, le travail fourni par l’IAU permettra à la Région Île-de-France d’orienter ses choix et de rappeler à l’Etat ses exigences. « Si la Région a fait le choix de s’investir dans ce domaine de la sécurité, c’est pour permettre à l’Etat de sédentariser la police », a indiqué Jean-Paul Huchon, pointant du doigt au passage une mauvaise répartition des effectifs sur le terrain. Pour Abdelhak Kachouri, « les formes de délinquance ont changé et face à ces nouvelles formes de violence, face à la montée en puissance des phénomènes de bandes, face à la structuration des trafics et de l’économie parallèle, les réponses de l’Etat doivent évoluer ». À ses yeux, « la réponse n’est pas dans une police de projection qui n’a aucun ancrage sur le territoire où elle intervient ». « Nous conditionnerons la signature des prochaines conventions à la prise en compte de ces réalités de terrain », a-t-il prévenu. Une négociation qui va s’engager rapidement. En effet, ces conventions État-Région arrivent à échéance à la fin de l’année 2010.
Documents à votre disposition
Source : iledefrance.fr |