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Cette semaine, notre série consacrée aux grands Radicaux traite d'un des fondateurs et artisans de la IIIe République, Léon Gambetta.
Né à Cahors en 1838, Léon Gambetta appartient à une famille de commerçants. Il fait ses études de droit à Paris et obtient sa licence en 1860. Peu après, il commence à fréquenter les cercles républicains autours desquels gravitent notamment Jules Ferry, Jules Simon ou encore Adolphe Thiers.
La presse connait à ce moment là des attaques fréquentes de la part du régime impérial de Napoléon III, qui se traduisent par de nombreuses séries de procès intentés aux rédactions.
Devenu avocat, c'est au cours de l'un de ces procès que le jeune Gambetta sort de l'anonymat. Se servant du prétoire comme d'une tribune politique contre le second empire, il se distingue alors par ses talents d'orateur au cours d'une plaidoirie retentissante.
Jouissant désormais d'une grande popularité, il s'impose rapidement comme l'un des leaders naturel de l'opposition républicaine et se présente à la députation lors des élections de 1869.
Durant la campagne, il défend le célèbre "programme de Belleville", véritable profession de foi du radicalisme, dans lequel il réclame notamment l'élection des conseillers municipaux, des maires et des députés au suffrage universel, la liberté de la presse, la liberté d'association, la séparation de l'Église et de l'État et l'instruction primaire, gratuite et obligatoire et qui prône la justice et l'égalité sociale pour tous.
Il est élu respectivement à Paris député du XXème arrondissement et à Marseille, en raison de la possibilité des candidatures multiples, mais choisit Marseille. A l'Assemblée, ses discours suscitent l'admiration de ses pairs et sont très applaudis.
En 1870, alors que l'empereur a déclaré la guerre à la Prusse et qu'une grave défaite est subie à Sedan, la foule parisienne envahit le palais Bourbon. Le 4 septembre 1870, Gambetta accompagné de Jules Favre et de nombreux citoyens, proclame la fin de l'empire et la naissance de la IIIème République, tandis que la situation militaire devient critique.
Nommé ministre de l'intérieur et de la guerre, Gambetta rejoint les membres du Gouvernement de défense nationale à Tours pour organiser la résistance contre l'armée prussienne. Dès lors il incarne avec le parti des radicaux républicains, la résistance nationale face à l'occupant.
La défaite est cependant inévitable et les citoyens, las de cette guerre, portent au pouvoir une majorité monarchique favorable à l'armistice. Malgré ce basculement politique, Gambetta est élu député dans neuf circonscriptions et choisit le Bas-Rhin. Il démissionne lorsque ce département devient allemand. Réélu député de la Seine lors d'élections complémentaires en juillet 1871, il rejoint les rangs radicaux, à l'extrême gauche de l'hémicycle.
En plus de son activité de député, Gambetta décide de fonder le 5 novembre 1871, le quotidien La République française, dont il se sert pour diffuser les idéaux républicains, dénoncer le cléricalisme et le conservatisme du pouvoir.
En 1873, la pression croissante des monarchistes à la Chambre des députés aboutie à l'élection du maréchal Mac Mahon qui devient alors le premier président élu de cette nouvelle République. Partisan d'une restauration monarchique, il entend rétablir « l'ordre moral ». Gambetta, allié aux orléanistes et aux républicains modérés, se bat alors pour faire adopter " l'amendement Wallon " qui consacre le terme de " République " au sein de la Constitution. Il est finalement adopté de justesse à une voix près, le 30 janvier 1875.
Cette même année, il contribue également au vote des trois lois constitutionnelles qui organisent la répartition des pouvoirs du nouveau régime républicain et créent notamment le Sénat. A cette occasion, Gambetta s'oppose aux socialistes qui voient dans l'institution sénatoriale un risque de retour aux pratiques de l'Empire tandis que lui y voit déjà à l'époque, " un grand conseil des communes de France ".
En 1876, les élections redonnent une majorité républicaine à la Chambre et contraignent Mac Mahon à nommer un républicain modéré à sa tête, Jules Simon. Mais cette " cohabitation " sera de courte durée puisque Mac Mahon déclenche une crise de régime, la crise du 16 mai 1877, en renvoyant Simon et en dissolvant ensuite la chambre des députés. Gambetta décide de mener la résistance et défie publiquement Mac Mahon par cette phrase devenue célèbre : " Quand la France aura fait entendre sa voix souveraine, il faudra se soumettre ou se démettre ". Les élections du mois d'octobre lui donnent raison, les républicains sont vainqueurs et Mac Mahon se retire.
Mais l'unité de cette majorité républicaine à la chambre est éphémère. A partir de 1879, elle se divise : d'un côté Jules Ferry et Jules Grévy qui fondent La gauche républicaine, de l'autre Gambetta à la tête de l'Union républicaine.
Grévy devenu président, Gambetta est alors écarté de la présidence du Conseil (terme désignant le premier ministre sous la IIIème) et se voit offrir à défaut, la présidence de l'Assemblée, poste qu'il assume par deux fois en 1879 puis en 1881.
La situation politique tourne finalement à son avantage en 1881 lorsque son courant, l'Union républicaine, devient majoritaire à la chambre des députés. A 43 ans, Léon Gambetta est enfin président du Conseil et ministre des affaires étrangères.
Artisan de l'unité républicaine, Gambetta ne peut empêcher la chute de son gouvernement qui ne dure que 72 jours. En tentant à plusieurs reprises de faire adopter un changement des modes de scrutin, il perd la confiance des députés et doit démissionner. Il ne reviendra plus au pouvoir, emporté soudainement par la maladie en 1882 à l'âge de 44 ans.
Père fondateur de la IIIème République, Gambetta n'aura eut de cesse de lutter pour une démocratie plus effective et l'instauration durable du modèle républicain dans la société française. Mort prématurément, il n'aura malheureusement pas l'opportunité de constater les bouleversements provoqués par la mise en œuvre des principes contenus dans son programme de Belleville. Son cœur est transféré au Panthéon en 1920, à l'occasion du cinquantième anniversaire de la IIIème République.
Aller plus loin
Le programme de Belleville
Citoyens,
Au nom du suffrage universel, base de toute organisation politique et sociale, donnons mandat à notre député d'affirmer les principes de la démocratie radicale et de revendiquer énergiquement :
* l'application la plus radicale du suffrage universel tant pour l'élection des maires et des conseillers municipaux, sans distinction de localité, que pour l'élection des députés ;
* la répartition des circonscriptions effectuée sur le nombre réel des électeurs de droit, et non sur le nombre des électeurs inscrits ;
* la liberté individuelle désormais placée sous l'égide des lois et non soumise au bon plaisir et à l'arbitraire administratifs ;
* l'abrogation de la loi de sûreté générale (prison pour toute tentative d'opposition, arrestation et déportation sans jugement pour délit politique) ;
* la suppression de l'article 75 de la Constitution de l'an VIII et la responsabilité directe de tous les fonctionnaires ;
* les délits politiques de tout ordre déférés au jury ;
* la liberté de la presse dans toute sa plénitude, débarrassée du timbre de cautionnement ;
* la suppression des brevets d'imprimerie et de librairie ;
* la liberté de réunion sans entraves et sans pièges avec la faculté de discuter toute matière religieuse, philosophique, politique ou sociale ;
* l'abrogation de l'article 291 du Code pénal ( "Nulle association de plus de 20 personnes ne pourra se former qu'avec l'agrément du gouvernement") ;
* la liberté d'association pleine et entière ;
* la suppression du budget des cultes et la séparation de l'Eglise et de l'Etat ;
* l'instruction primaire laïque, gratuite et obligatoire avec concours entre les intelligences d'élite, pour l'admission aux cours supérieurs, également gratuits ;
* la suppression des octrois, la suppression des gros traitements et des cumuls et la modification de notre système d'impôts ;
* la nomination de tous les fonctionnaires publics par l'élection ;
* la suppression des armées permanentes cause de ruine pour les finances et les affaires de la nation, source de haine entre les peuples et de défiance à l'intérieur ;
* l'abolition des privilèges et monopoles, que nous définissons par ces mots : primes à l'oisiveté ;
* les réformes économiques, qui touchent au problème social dont la solution, quoique subordonnée à la transformation politique, doit être constamment étudiée et recherchée au nom du principe de justice et d'égalité sociale. Ce principe généralisé et appliqué peut seul, en effet, faire disparaître l'antagonisme social et réaliser complètement notre formule :
LIBERTE, EGALITE , FRATERNITE
Le comité électoral de Belleville
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