Le PRG IDF Le Radicalisme de Gauche Une pensée d'avance ! Gaston Monnerville, l'enfant prodige de la République

Gaston Monnerville, l'enfant prodige de la République

Le PRG en Ile-de-France / Les grandes idées Radicales
Par Cyril Mourin, le 28 Septembre 2009 01:00
gaston_monnervillePetit-fils d'esclave né à Cayenne, sa vie est marquée par la lutte pour la Liberté et la tolérance. Diplômé des facultés de lettres et de droit après de brillantes études à Toulouse, il s'inscrit au barreau de Paris en 1921 et préside l'Union des jeunes avocats en 1927.

Très tôt, Gaston Monnerville milite pour la défense des droits de l'homme et contre le racisme au sein de la Ligue des Droits de l'homme ou de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme.

En 1931, après avoir plaidé plusieurs grands procès, il s'illustre par sa plaidoirie retentissante en faveur des quatorze anticolonialistes guyanais du procès dit « des émeutes de Guyane ». L'issue de ce procès marque un tournant dans sa vie, en faisant de lui le défenseur officiel de la cause guyanaise et le portant au devant de la scène politique.

Elu député radical de Guyane en 1932 avec une majorité considérable puis à nouveau en 1936, il devient également maire de Cayenne en 1935. Consacrant l'essentiel des ses activités à la question coloniale, il est un partisan convaincu de l'égalité des droits.

Nommé sous-secrétaire d'Etat aux colonies en 1937 et 1938, il œuvre notamment pour l'abolition du bagne de Cayenne. Mais la nomination d'un homme noir issu d'une ancienne colonie au Gouvernement constitue à cette époque un fait rare et qui ne manque pas de susciter des réticences et des attaques de la part des droites conservatrices, y compris dans d'autres pays d'Europe comme en Allemagne ou en Italie.

Lorsque la seconde guerre mondiale éclate, Gaston Monnerville s'engage en tant qu'officier de justice dans la Marine. Démobilisé une semaine après le vote des pleins pouvoirs à Pétain, le 10 juillet 1940, il n'a donc pas la possibilité en sa qualité de député, de faire partie des 80 parlementaires qui votèrent contre.

Il se rend cependant immédiatement à Vichy, pour protester contre l'Armistice et les discriminations qui touchent « les Juifs, les Arabes et les hommes de couleur ». Les idéaux de justice et de liberté qui l'animent le conduisent donc à entrer dans la Résistance en 1940 au sein des maquis d'Auvergne.

A la fin de la guerre en 1945, le gouvernement provisoire de la République l'appelle à la présidence de la commission chargée de préparer le nouveau statut politique des Territoires d'Outre-mer. Monnerville obtient ainsi la reconnaissance de la Guyane, de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Réunion en tant que « Départements d'Outre-mer » de la République française représentés au Parlement et non plus en tant que colonies.

En 1946, il devient sénateur de Guyane et fait voter un projet de loi important pour les territoires d'Outre-mer qui vise à créer un fond colonial d'aide à leur développement : le F.I.D.E.S (Fonds d'Investissement et de Développement économique et Social).
Elu Président du Conseil de la République (ancien Sénat) en 1947, il exercera cette fonction pendant 22 ans, témoignage de la confiance et de la sympathie accordées par ses pairs au sein de cette assemblée.
Attaché à la mémoire des grands hommes ayant combattu l'esclavage, il fait transférer les cendres de Victor Schoelcher et Félix Eboué au Panthéon en 1949.

Tout au long de cette présidence, il se bat pour faire reconnaître le rôle et le pouvoir du Sénat afin que celui-ci retrouve les qualités d'une assemblée législative effective. Son intervention auprès de De Gaulle lors de la rédaction de la Constitution de la Vème République en 1958 est déterminante et aboutie à cette reconnaissance.

Parallèlement à sa charge de Président du Sénat, Gaston Monnerville se montre également très actif au niveau local. Il est à la fois Conseiller général de Sousceyrac de 1949 à 1973, Président du Conseil Général du Lot de 1951 à 1970 et enfin Maire de Saint-Céré de 1964 à 1971.

Mais en 1962, lorsque De Gaulle décide de faire voter, par référendum, l'élection du Président de la République au suffrage universel direct, détournant par cette voie la lettre de la Constitution de 1958, Gaston Monnerville est l'un des premiers hommes politiques à s'y opposer farouchement. Par cet acte, il n'hésite pas à affirmer une fois de plus son attachement au respect du Droit marquant ainsi son esprit d'indépendance politique.

Quelques années plus tard en 1968, l'annonce par De Gaulle de procéder une nouvelle fois à un référendum dont l'objet est de faire quasi disparaître le Sénat, consomme définitivement la rupture entre le général et Gaston Monnerville, qui démissionne alors de ses fonctions de Président de cette Assemblée.

Son successeur, Alain Poher, conscient des qualités d'homme sage de Monnerville, décide de le nommer membre du Conseil Constitutionnel en 1974, place qu'il conserve jusqu'en 1983. Gaston Monnerville demeure également Président d'honneur de la LICRA jusqu'à sa mort, en 1991.

Il s'éteint en laissant dans la mémoire collective le souvenir d'un homme dont l'engagement politique aura toujours été intègre, fidèle qu'il était à son idéal humain et aux impératifs de sa conscience. Amoureux des mots et des lois, il est reconnu comme l'un des meilleurs orateurs parlementaires de son temps mais aussi comme l'un des plus grands défenseurs des Droits de l'Homme en France

 

Extraits de discours au Sénat :
Au sujet du projet de référendum de De Gaulle :
« Dans sa récente allocution télévisée, le Président de la République a dit : « J'ai le droit ! ». Avec la haute considération due à ses fonctions, mais avec gravité, avec fermeté, je réponds : « Non, Monsieur le Président de la République, vous n'avez pas le droit. Vous le prenez ! ».

La Haute Assemblée décide, fait rarissime, que le discours de son Président sera affiché dans toutes les mairies de France.

« À la tentative de plébiscite, (clame le président du Sénat), je réponds personnellement: non! La motion de censure m'apparaît comme la réplique directe, légale, constitutionnelle, à ce que j'appelle une forfaiture."

"La Constitution est violée, le peuple est abusé. Ce n'est pas une République qu'on nous propose, c'est au mieux un bonapartisme éclairé."

De Gaulle n'oubliera pas l'offense. Jusqu'à la fin, il boudera et fera bouder par ses ministres le Sénat. Jusqu'à tenter par un autre référendum, en 1969, de faire disparaître la Haute Assemblée.

 

Quelques documents

Quelques discours

Gaston Monnerville, un antillais au Sénat (FranceÔ) - kewego
Toutes les Frances , une emission de débat de société de FranceÔ. (avec Christiane Taubira)




 
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