Histoire du PRG

Le Parti Radical de Gauche (PRG) en Ile-de-France / Le Radicalisme

mendes franceLe Parti Radical de Gauche est le plus ancien parti politique français tout en étant un des plus jeunes. Fondé en 1973, il se rattache, par ses origines, son esprit et son nom, à une tradition qui remonte au milieu du XIXe siècle. Le radicalisme et les radicaux jouent en effet un rôle essentiel dans la vie politique française depuis près d’un siècle et demi.

Les radicaux contre la Monarchie de juillet et le Second Empire

Sous la Restauration et sous la Monarchie de juillet, des hommes comme Garnier-Pagès, Arago, Ledru-Rollin, sont les premiers en France à se proclamer “ radicaux “, parce qu’ils sont partisans de réformes en profondeur.

Ils sont fiers d’être les “ fils “ de la Révolution française dont ils affirment leur volonté de tirer “ toutes les conséquences “. Ce sont eux qui animent la gauche et même l’extrême gauche du “ parti républicain “. A la fin du Second Empire, une nouvelle génération, mieux adaptée à la société industrielle naissante, prend la relève : Jules Simon, Jules Ferry, Jules Grévy et surtout Gambetta. Le programme que Gambetta soumet en 1869 à Paris aux électeurs de Belleville résume l’essentiel des réformes proposées à cette époque par les radicaux de gauche. Beaucoup sont encore d’actualité.


Les radicaux, défenseurs et fondateurs de la IIIe République

Sous la IIIe République, les radicaux, unis sous la direction de Gambetta contre l’ordre moral et le régime autoritaire de Mac-Mahon, se divisent après 1880, lorsque la République appartient enfin aux républicains. C’est Clemenceau qui prend la tête de la tendance de gauche, cependant Jules Ferry et Gambetta se tournent vers le centre et vers “ l’opportunisme “. Jusqu’en 1902, les radicaux, qui n’hésitent jamais à s’associer aux gouvernements de “ défense républicaine “ contre le boulangisme et la montée du nationalisme, après le scandale de Panama, et plus tard contre l’agitation d’extrême droite provoquée par l’affaire Dreyfus, sont bien plus souvent dans l’opposition qu’au pouvoir. Pourtant, c’est l’esprit du radicalisme qui inspire les grandes lois de cette période où la démocratie politique s’organise et se structure : loi de 1881 sur la liberté d’expression, loi de 1884 sur les conseils municipaux et sur les syndicats, lois sur l’enseignement primaire gratuit, laïque et obligatoire, révision de la Constitution de 1875, loi sur les associations, etc.

 

Création du Parti radical-socialiste

En 1901, sous l’impulsion de Léon Bourgeois notamment, personnalité respectable et respectée, homme politique courageux qui, cinq années auparavant, alors qu’il était Président du Conseil, avait proposé au Parlement, sans succès d’ailleurs, le vote d’un “ impôt progressif sur le revenu “, les radicaux décident de fédérer leurs diverses tendances et de s’organiser pour gagner les élections législatives de 1902 qui doivent être décisives dans une France où s’opposent “ bloc des gauches “ et “ bloc des droites “. le Parti “ républicain, radical et radical-socialiste est créé. Il tiendra pendant quarante ans le premier rôle dans la vie politique française.

 

Les trois grands chefs du radicalisme avant la première guerre mondiale : Combes, Clemenceau, Caillaux.

Dans la “ France radicale “ d’avant la guerre de 1914, trois noms jalonnent l’action politique. Combes d’abord, le “ petit père “ Combes, modeste et énergique, anticlérical mais spiritualiste fervent, symbole de la lutte pour la liberté de penser. Gouvernant, après la victoire de la gauche en 1902, en s’appuyant sur une majorité regroupant les progressistes dissidents, les radicaux, les radicaux-socialistes et les socialistes de Jaurès, il liquide la question des congrégations. Un peu plus tard, en 1905, alors qu’il n’est plus au pouvoir et que les socialistes ont rompu le bloc des gauches, c’est son esprit qui inspire la loi sur la séparation des Eglises et de l’Etat, qui donne une assise juridique à la laïcité de l’Etat.

La deuxième grande figure du Parti radical-socialiste durant cette période est le vieux lutteur Georges Clemenceau. Après le succès des radicaux aux élections de 1906, il devient Président du Conseil. Il gouverne avec fermeté, à la fois contre la droite et contre les socialistes, dans les remous d’une agitation sociale grandissante. Mais le parti radical, une fois acquise la victoire de la laïcité, se divise. Clemenceau en démissionne en 1909. Aux élections de 1910, les radicaux perdent des voix et des sièges. Alors apparaît Joseph Caillaux, grand bourgeois, fils d’un ministre de Mac-Mahon, mais esprit généreux et passionné de paix. Président du Conseil en 1911, il concentre ses efforts sur l’impôt sur le revenu qui sera voté quelques années plus tard, sur une politique de détente et de négociation, avec l’Allemagne et sur le refus de prolongation à trois ans de la durée du service militaire. Inspecteur des finances nourri de chiffres, il donne au parti, lorsqu’il en a été élu président en 1913, un visage plus moderne et un peu technocratique.

 

Les radicaux au pouvoir après la première guerre mondiale : Herriot

Après la guerre, où il tint efficacement sa place dans “ l’union sacrée “, le vent qui souffle vers la droite et le nationalisme ne favorisent pas d’abord le Parti radical socialiste. Mais, relevé très vite de son échec provisoire aux élections de 1919, il occupera entre les deux guerres le devant de la scène politique de manière presque ininterrompue. Dès 1923, Edouard Herriot sera l’artisan de ce réveil et demeurera la figure dominante du parti jusqu’en 1940 et même bien au-delà. L’autre Edouard - Daladier- jouera à ses cotés et parfois contre lui un rôle moins prestigieux, mais souvent décisif.

Durant cette période, le Parti radical-socialiste a été presque toujours associé au pouvoir. S’alliant tantôt à droite, tantôt sur la gauche, il a pu donner l’impression qu’il pratiquait volontairement, pour s’y maintenir, une politique de bascule. C’est que, situé à la charnière de toutes les majorités possibles, comptant plus du quart des députés, dominant beaucoup de grandes villes et de nombreux conseils généraux, son concours était nécessaire pour préserver, au travers de toutes les vicissitudes de la politique, une certaine stabilité politique et pour éviter les affrontements brutaux.

“ Si son ambiguïté était un vice, c’était un vice nécessaire pour préserver. C’est peut-être un Parti radical qui a manqué à l’Espagne de 1936 “. C’est la revue “ Esprit “, pourtant bien éloignée du radicalisme, qui a écrit ces lignes. D’ailleurs, malgré l’étendue des responsabilités qu’il a alors assumées, malgré l’inévitable “ pourrissement “ du pouvoir, le personnel radical fut -tous les historiens le reconnaissent- consciencieux et honnête, soucieux des affaires de l’Etat et fidèle à sa philosophie politique.

Le bilan de l’action des radicaux est largement positif. Herriot a été un ministre des Affaires Etrangères lucide et passionné de justice internationale. La reconnaissance de l’U.R.S.S., la liquidation du contentieux avec l’Allemagne, le renouveau de l’alliance avec la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, les efforts poursuivis tenacement pour donner à la société des Nations une efficacité réelle, la résistance à l’impérialisme de l’Italie fasciste et aux entreprises guerrières de l’Allemagne hitlérienne témoignent de sa volonté de paix, de son patriotisme et de sa clairvoyance. Herriot a été aussi un excellent ministre de “ l’instruction publique “. Il a, un des premiers, compris l’importance capitale de l’enseignement technique et son projet de l’Ecole unique constitue l’amorce d’un système cohérent englobant tous les niveaux de l’Education nationale sans barrières, ni cloisons : idée féconde dont on n’a pas fini de tirer toutes les conséquences. Quand à Jean Zay, les initiatives qu’il a prises quand il était ministre du Front populaire permettent de voir en lui le précurseur d’une organisation moderne et démocratique de l’enseignement.

 

Le front populaire de 1936

Même dans le domaine économique et social, malgré l’atmosphère d’une époque où le vent ne soufflait pas dans cette direction, les radicaux peuvent à juste titre inscrire à leur actif quelques réalisations importantes. Fautes de pouvoir atteindre tous les objectifs qu’ils proposaient dans leur programme -ils n’ont jamais disposé, même en 1924, d’une majorité cohérente et résolue sur ces problèmes- ils ont approuvé, voté ou fait voter plusieurs lois qui allaient dans le sens de leurs propositions, notamment les lois sur les assurances sociales et les allocations familiales. Ils furent aussi à l’origine de grandes réalisations, comme la Compagnie Nationale du Rhône, qui vit le jour grâce à Herriot. Enfin ils ont été étroitement associés aux mesures prises en 1936 par le gouvernement du Front populaire de Léon Blum. Ce seul fait suffit pour donner à leur action sa coloration sociale authentique.


Déclin et résurrection du radicalisme après la deuxième guerre mondiale

L’immédiat après-guerre fut une période difficile pour le Parti radical. Il supportait presque à lui seul -la droite était, en apparence du moins, absente de la carte politique- le discrédit qui pesait alors sur la IIIe République. On oubliait qu’il avait donné, comme tous les partis, de nombreux résistants à la patrie et même quelques héros comme Jean Moulin. Pour beaucoup de Français, il incarnait un passé que l’on voulait oublier.

Patiemment, quelques hommes, groupés autour d’Edouard Herriot, d’Edouard Daladier, d’Henri Queuille, luttèrent contre le “ tripartisme “, ce système qui instituait, autour du Général de Gaulle, puis sans lui et bientôt contre lui, le partage du pouvoir et de l’Etat entre les trois partis qui dominaient alors la scène politique : le M.R.P., la S.F.I.O. et le Parti Communiste. En 1947, les radicaux reprennent audience et influence : Herriot est élu président de l’Assemblée Nationale, et Gaston Monnerville président du Conseil de la République.

La rupture du tripartisme qui rejette les communistes dans l’opposition et la constitution autour du Général de Gaulle d’un rassemblement qui déclare la guerre au pouvoir en place, les rendent de nouveau indispensables à la constitution d’une majorité. Ils retrouvent avec André Marie, Henri Queuille, René Mayer, Edgar Faure, le chemin de la présidence du Conseil.

 

Le gouvernement de Mendès-France

En juin 1954, après une première investiture manquée quelques semaines plus tôt, Pierre Mendès-France constitue un gouvernement. Ses sept mois d’exercice du pouvoir, tant par son style d’action que par les décisions prises, marqueront profondément le pays. Il trancha des problèmes que l’on avait laissé pourrir : la guerre d’Indochine, le réarmement de l’Allemagne, l’indépendance de la Tunisie. “ Gouverner c’est choisir “. Cette leçon qu’il donnait par ses actes rejoignait la tradition des radicaux fondateurs de la République, hommes de gouvernement et hommes d’Etat. En même temps, son refus des idées toutes faites et sa volonté de rechercher, en dehors des sentiers battus, des solutions neuves aux problèmes économiques et financiers, retrouvaient les sources du véritable esprit radical.

Pierre Mendès-France marqua aussi profondément la vie du Parti radical. Il lui donna des structures plus solides et surtout un esprit et un élan nouveaux. Le rayonnement de son action et le prestige de sa personnalité attirèrent de nombreux Français séduits par la clarté de ses conceptions politiques et par la vigueur de ses initiatives. C’est un parti rajeuni et plein d’ardeur qui affronta les élections de 1955 allié au sein du “ Front républicain “ avec la S.F.I.O. et quelques rescapés du naufrage du R.P.F.

 

De Gaulle au pouvoir, les radicaux dans l’opposition

Après l’échec du Front républicain qui, victorieux aux élections, se brisa, malgré les efforts de Mendès-France, sur la guerre d’Algérie, la voie était ouverte au Général de Gaulle. Son arrivée au pouvoir rejeta les radicaux, après quelques mois d’hésitation, dans une opposition de principe à un régime de caractère autocratique, contre lequel Gaston Monnerville dressa, en 1962, au Congrès de Vichy, à propos du referendum sur l’élection du Président de la République au suffrage universel, un réquisitoire d’une éloquence passionnée et d’une argumentation étayée. Contre ce régime qu’il condamnait, le Parti radical mena le combat avec toutes ses forces. Il soutint la candidature de Gaston Defferre à la présidence du la République en 1965 et après le retrait du leader socialiste, celle de François Mitterrand.

Membre à part entière de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste, aux cotés de la S.F.I.O. et de la Convention des institutions républicaines de François Mitterrand, il profita en 1967, du courant qui portait le pays vers la gauche, mais il subit durement le contrecoup des événements de 1968.

 

Naissance du Mouvement des Radicaux de Gauche (1972-1973)

En 1969, la nomination de Jean-Jacques Servan-Schreiber au secrétariat national lui donna un élan nouveau qui retomba un an plus tard après la malheureuse candidature de son nouveau leader contre Chaban-Delmas à Bordeaux. En 1971, le Parti socialiste se rénove et se rajeunit sous la direction de François Mitterrand. Il s’ouvre aussi vers sa gauche en entamant des conversations avec les communistes. Les radicaux sont, une fois de plus, à la croisée des chemins. Il leur faut choisir entre l’union de la gauche qui se prépare et l’alliance avec le centre. C’est l’enjeu du Congrès de Suresnes, dont Jean-Jacques Servan- Schreiber sort victorieux. Robert Fabre et la plupart des députés radicaux, refusant de se laisser pousser à droite, convaincus qu’une politique de réformes est impossible sans l’alliance avec les grands partis de la gauche, conscients aussi des servitudes du scrutin majoritaire, concluent un pacte avec le Parti socialiste et, quelques mois plus tard, signent le programme commun, après avoir obtenu de leurs partenaires la rédaction d’une annexe reprenant les thèmes majeurs du radicalisme.

1973 : Les radicaux “de gauche”

En mars 1973, les électeurs leur donnent raison : le pays se divise en deux blocs, ruinant les espoirs de ceux qui espéraient pouvoir éviter le choix difficile entre la droite et la gauche. En décembre 1973, un Congrès extraordinaire décide la création du Mouvement des Radicaux de Gauche.

Quelques mois plus tard, le M.R.G. et le premier parti de la gauche unie à demander à François Mitterand de poser sa candidature à la présidence de la République. Sous la présidence de Robert Fabre, le MRG fait entendre, aux cotés des socialistes et des communistes, un discours réaliste, celui d’une gauche qui valorise l’initiative et privilégie l’individu et les libertés. Avec la candidature de Michel Crépeau à l’élection présidentielle de 1981, le MRG propose aux Français un programme, l’avenir en face attaché au libéralisme en matière économique, vigoureusement progressiste en matière sociale, soucieux des libertés individuelles et du respect de l’Environnement.

Au sein des différents gouvernements de gauche depuis 1981 (avec François Abadie, Maurice Faure, Michel Crépeau, Roger-Gérard Schwartzenberg, Jean-Michel Baylet, François Doubin et Emile Zuccarelli), les radicaux participent à la mise en œuvre des grandes réformes qui font entrer dans la réalité leurs idéaux d’humanisme et de solidarité.

En 1984, sous l’impulsion de Jean-Michel Baylet, le MRG prend l’initiative d’un regroupement des radicaux et des écologistes pour les élections européennes. La liste Entente Radicale Ecologiste (E.R.E. Européenne) propose aux Français la mise en place des Etats-Unis d’Europe, pour une Europe plus forte, plus démocratique et plus solidaire. En 1988, les radicaux de gauche soutiennent la candidature de François Mitterrand à l’élection présidentielle.

 

Energie radicale

En 1994 pour la première fois en France, grâce à la liste “ Energie radicale “ conduite par Bernard Tapie, la jeunesse des banlieues est allée aux urnes et a voté pour un Bernard Tapie qui, quoi qu’on en dise, fut le premier à lui donner confiance, et à lui offrir, dans le cadre d’un parti à la tradition républicaine indiscutable, la perspective d’un plein accès à la citoyenneté.

En 2002, le Parti Radical de Gauche fait de Christiane Taubira sa candidate à la Présidence de la République. L’infortune, cette année-là, de Lionel Jospin eut bien entendu d’autres causes que les voix, venues de tous les horizons politiques, recueillies par la députée de Guyane.

Le sourire retrouvé sur tant de ces visages divers, femmes et hommes issus de l’immigration postcoloniale et bien au delà, qui font la France d’aujourd’hui, disait la justesse du choix des radicaux.

Sous la présidence d’Yvon Colin, puis celle de Jean-François Hory et aujourd’hui sous celle de Jean-Michel Baylet, le Parti radical de gauche travaille, avec patience et confiance, à la constitution d’un pôle réformiste à côté du pôle socialiste, en regroupant tous ceux qui veulent œuvrer pour toujours plus de liberté, de justice et de solidarité. Animé par une volonté permanente de dialogue et de réconciliation, soucieux d’allier, à l’héritage du plus vieux parti de France, un renouvellement constant des idées et des hommes, les radicaux d’aujourd’hui entendent être les initiateurs des grandes réformes de demain.

 

 
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