C'est parti ! Alors qu'une majorité de Français a maintenant tiré le triste bilan de l'expérience sarkozyste, voici venir une échéance politique importante : les régionales de mars prochain. Elle coïncide avec une autre prise de conscience, à gauche celle-ci. Celle que la guerre des chefs et l'absence de projet national étaient les seules raisons empêchant une alternance politique justifiée par les faits. Qu'il fallait bien se discipliner et se rassembler pour jouer enfin le rôle que la Nation, voyant le sarkozysme se transformer en impasse, attend d'elle. C'est presque fait.
La situation en Ile-de-France est un peu différente : Jean-Paul HUCHON n'a pas participé à la guerre des chefs. Il s'est concentré sur son travail : animer et promouvoir une collectivité territoriale, l'Ile-de-France, aussi importante avec ses quelque 12 millions d'habitants que bien des pays européens. Par la faute du pouvoir sarkozyste, elle est exposée à de vraies menaces. Ces élections seront l'occasion de les parer et de garantir aux Franciliens, dans un contexte politique et économique difficile, un bon avenir.
Pour mieux mesurer les enjeux, penchons-nous sur les dangers qui existent et sur les réponses, qu'il convient le leur apporter. Les bonnes, bien sûr, pas les mauvaises.
La première menace, c'est la recentralisation. Elle a pour but de mettre les collectivités territoriales à la botte d'un état de plus en plus partisan et de moins en moins efficace parce qu'on lui a fait perdre ses repères. Dans le cas des régions, il s'agit principalement, en opposition totale avec l'évolution européenne, de leur faire perdre toute ressource financière indépendante et de faire élire les conseillers régionaux au scrutin uninominal. Cela signifie, le retour des élus à une vision purement locale, accompagné d' un très probable recul de la parité. Nous n'en voulons pas.
La seconde, ce sont les privatisations. Comme dans d'autres domaines, le pouvoir poursuit la création d'entreprises bâtardes censées gérer le service public avec des critères, non de bonne gestion ce qui est normal, mais de "rentabilité", ce qui est idiot car s'il y a service public pour certaines prestations économiques ou sociales comme le transport public, c'est précisément pour y donner la priorité à l'égalité sur la rentabilité !
Les conséquences ultimes de ce mélange des genres sont imparables : baisse progressive de la qualité de service voire exposition aux risques pour le public, misère psychologique et recul social pour les personnels et, brochant sur le tout, caractère illusoire des "économies".
Or, le transport public en Ile-de France, fortement financé par la Région au travers du STIF, est une affaire trop sérieuse pour être mêlée dans les bilans des Entreprises aux aléas de l'exploitation TGV ou aux projets d'expansion internationale de la RATP, le tout sous le regard concupiscent des grands groupes privés, amis du pouvoir. Il faut défendre un service public de qualité et investir dans l'intérêt général.
La troisième, c'est la paupérisation. L'Etat sarkozyste se révèle incapable d'assumer ses missions régaliennes: faire progresser l'emploi, la santé publique, le logement pour tous. Et de plus, il cherche à empêcher les collectivités territoriales de prendre le relais et décime aveuglément les rangs du Service Public. La conséquence pour les gens, c'est la paupérisation. De plus en plus de Franciliens se retrouvent coincés entre la perte ou la précarisation de l'emploi et des dépenses galopantes voire l'impossibilité de se loger, de se soigner : le vécu de l'Outremer tend à gagner la métropole. Il faut mettre le holà à cette terrible dérive, protéger les populations concernées et celles qui risquent de l'être.
En face de ces menaces, il y a les mauvaises réponses, parfois tentantes parce qu'après tout ce sont les élections et que les promesses n'engagent souvent que ceux qui les écoutent.
Tout d'abord, il y a les fausses bonnes idées, procédant souvent d'analyses trop sommaires ou du yaka financier. Or, et surtout dans la situation d'insécurité financière créée par le pouvoir actuel, on ne saurait faire l'économie d'un chiffrage, au moins sommaire, des propositions qu'on fait.
On peut prendre pour exemple l'idée, a priori séduisante, de stimuler l'utilisation des Transports en commun grâce à un zonage unique. Le seul ennui, c'est qu'une telle mesure, outre le fait qu'elle favoriserait l'étalement urbain, coûterait au contribuable des centaines de millions d'euros par an. Où les trouverait-t-on, c'est ce que ses promoteurs ne disent pas...
Autrement plus graves que l'inévitable concours Lépine électoral sont la mauvaise foi et les projets fumeux que le pouvoir actuel fait porter à l'Etat. Quant on parle du Grand Paris et de sa Société, du désormais fameux Grand Huit et des projets d'urbanisme des architectes, on se prend à rêver car qui peut être contre le fait qu'un grand pays ait une grande capitale ?
La réalité, hélas, se charge de dissiper ce préjugé favorable. La recentralisation ne peut être que le synonyme de l'échec car elle est clairement sous-tendue par un projet purement politicien. Que l'Etat bloque depuis plus d'un an ce projet d'une région moderne et équilibrée qu'est le SDRIF* tout en vilipendant la soi-disante inaction de la Région ; qu'il présente enfin de pharamineux projets de transport public à 30 ans, axés sur les pôles économiques et non sur le quotidien des Franciliens, sans en avoir le premier sou et en voulant exclure la Région en tant que décideur ou même co-décideur, tout cela est révélateur.
C'est en effet sur les actes qu'il faut juger, non sur les paroles et les effets de manche. Et malgré sa bonne volonté, la candidate de la Droite, porte-parole de l'unique patron du système, ne peut tenir aucun discours crédible. Il lui faut en effet défendre que c'est en re-centralisant qu'on décentralise, que c'est en cantonalisant les élus qu'on fait un Grand Paris et une Grande Région, qu'on donne davantage avec des caisses vides et que les privatisations améliorent le service public !
La vérité, il faut donc plutôt la chercher du côté de l'expérience, du réalisme et surtout de la volonté sociale. Depuis 6 ans, une vraie majorité constituée par les élus socialistes, verts, communistes, radicaux et citoyens œuvre à construire une région sociale mais aussi écologique et dynamique. Tout n'est pas parfait bien sûr mais on avance et, si les électeurs le veulent bien, on peut continuer. Mais il faut aujourd'hui non seulement construire et faire sauter les blocages sarkozystes, mais aussi protéger, au quotidien, citoyens et entreprises de la mauvaise gestion de l'Etat et de ses erreurs. Les menaces sont trop graves et trop insistantes pour ne pas faire droit à l'inquiétude de tous.
Mettre en oeuvre l'ambitieux plan transports de la Région, protéger la santé des Franciliens et leur emploi, garder et développer la démocratie locale, améliorer l'offre de logement économique, tendre la main aux entreprises et aux associations, avoir pour phares la laïcité et la fraternité active : l'action et le dynamisme sont du côté de ceux qui travaillent, non chez ceux qui bloquent ou sèment le désordre et la division.
Finalement, c'est une politique des 4 P qu'il faudrait maintenant mener : Prévoir, Protéger, Proposer et Partager. Prévoir, pour faire avancer une région de 12 millions de citoyens. Protéger des dangers qu'une politique de droite, ou plutôt de réaction, génère. Proposer car le choix est, finalement, celui des électeurs. Partager enfin car notre but n'est pas le profit de quelques-uns, il est le bien-être de tous. C'est sur ces quatre piliers qu'on peut continuer, loin de la mauvaise foi ou du concours Lépine électoral, à bâtir une région responsable, avec un nouveau contrat d'union à gauche.
* Schéma Directeur de la Région Ile-de-France |